vendredi 7 novembre 2008

Maurice Bavaud, un héros qui aurait pu changer la face du monde

Maurice Bavaud, 1916-1941.

Il y a exactement 70 ans, le 9 novembre 1938, Maurice Bavaud, un jeune étudiant suisse, tentait de tuer Hitler lors d'un défilé à Munich. Il s'était muni d'un pistolet et prit place dans la foule qui acclamait le Führer. Mais il était placé trop loin et il y avait trop de mains levées pour le salut nazi. Il renonça au dernier moment et se fit arrêter à la frontière alors qu'il fuyait l'Allemagne, portant encore son arme et des documents qui trahissaient la préparation de son acte.

Une foule enthousiaste lève le bras devant son Führer.

La Gestapo l'emprisonna et tenta de lui faire avouer qu'il avait des complices. Il n'avoua rien, car il n'avait aucun complice. Il fut guillotiné le 14 mai 1941.

Dans cette affaire, la diplomatie suisse laissa complètement tomber son ressortissant. L'ambassadeur de Suisse à Berlin condamna même publiquement cette tentative d'assassinat. On mesure à quel point la Confédération se déculottait devant l'Allemagne nazie.

Aujourd'hui, Pascal Couchepin, le Président de la Confédération, vient de mettre la dernière main à la réhabilitation de Maurice Bavaud en déclarant: "Avec le recul, on peut dire aujourd'hui que les autorités suisses de l'époque, qui avaient renoncé à intervenir auprès des autorités allemandes, ne se sont pas suffisamment engagées en faveur du condamné." Il a ajouté: "Il avait pressenti les effets funestes qu'Adolf Hitler allait avoir sur le monde. A cet égard, il mérite notre reconnaissance et une place dans nos mémoires."

Oui, Maurice Bavaud était clairvoyant. Je ne peux pas m'empêcher de me demander ce qui se serait passé (ou ne se serait pas passé...) s'il avait réussi son coup. Hitler mort en 1938, à la veille de la Nuit de Cristal. Le cours de l'Histoire en aurait-il été changé? La Deuxième Guerre Mondiale aurait-elle eu lieu? Et l'Holocauste? Et la Guerre Froide qui a suivi? Quand je me pose ce genre de questions, je ressens comme un vertige. Si un seul homme peut précipiter le Monde dans le chaos, peut-être qu'un seul autre peut le sauver...

7 commentaires:

Lionel Chollet a dit…

C'est en effet un concept fascinant, l'uchronie.

Pour le cas qui nous intéresse aujourd'hui, la date (1938) est trop tardive pour que l'assassinat d'Hitler eut pu changer très favorablement les choses. Le parti nazi était déjà depuis longtemps au pouvoir, l'Anschluss avait eu lieu, les cadres militaires, politiques, administratifs et policiers étaient en place, la politique définie, la population sous l'étroit contrôle des pouvoirs et/ou en accord avec eux, l'éventuel redressement et l'éventuelle domination allemande sur le monde ne pouvait être envisagés qu'aux moyens de la guerre et de l'exploitation…

«L'histoire ne se répète pas, elle bégaie.», disait Lénine (je crois); je ne ferai pas de rapprochement hasardeux (ni même argumenté) entre l'Allemagne d'Hitler et l'Amérique de George W. Bush mais, si les attentats du 11 septembre avaient amené la mort du président des États-Unis, l'histoire qui s'en serait suivie n'aurait peut-être pas été très différente de celle que nous avons connue : Dick Cheney aurait pris les commandes, et les cadres néoconservateurs du régime en place auraient continué à conduire la politique qu'ils avaient élaborée au cours des années précédentes, avec pour justification supplémentaire de leurs actes l'assassinat du président en exercice.

Enfin bon, que ces considérations ne retiennent surtout pas les Maurice Bavaud de notre temps et des âges à venir de se défouler comme ils l'entendent !

Vas-y Maurice, on s'en fout, tire-leur dans les bras, aux nazis ! ;-)

Caplan a dit…

Hé ben, j'ai au moins appris le mot uchronie! ;-)

Mais pour continuer dans l'uchronie, si la machine nazie était en place, l'essence sécrétée par le cerveau malade d'Adolph aurait manqué et je ne suis pas sûr que les choses auraient tourné si mal pour le Monde...

Certes, Gœbbels aurait réussi à prouver que Bavaud avait quelques gouttes de sang juif dans les veines (comme tout le monde...) et la colère des sous-fifres se serait tout de même retournée contre les Juifs d'Allemagne. Les démocraties européennes se seraient enfoncées dans la honte en laissant faire...

l'agent A a dit…

Merci Caplan pour cette page d'histoire que je ne connaissais pas, comme quoi si l'uchronie ne m'était pas inconnue, M. Bavaud l'était totalement.

Je ne pense néanmoins pas que l'on puisse comparer avec Bush dans le sens où celui ci est le jouet un peu niais des neocons quand Adolphe était un meneur charismatique extraordinaire. La disparition de W n'aurait pas changé grand chose, mais celle d'Hitler, si !

Caplan a dit…

Hé, Agent A! Je n'ai jamais parlé de George W.! Déjà simplement parce qu'il ne sort pas grand chose de ce qui lui sert de cerveau!...

l'agent A a dit…

Oups… je répondais à l'argument de Lionel Chollet !
Donc je suis bien d'accord… il aurait pu changer la face du monde.

Lionel Chollet a dit…

S'il s'y était pris plus tôt, sans doute, mais en 1938… Les plans de guerre étaient faits. Et, charismatique ou pas, Hitler était un piètre général ; avec d'autres que lui aux postes de commandement, les armées allemandes auraient peut-être été plus difficiles à vaincre.

Comme je l'ai déjà dit, je ne souhaite surtout pas décourager les Bavaud potentiels et, quitte à risquer la guillotine, il faudrait au moins qu'ils tirent !

Lionel Chollet a dit…

Un argument d'autorité ;-) à l'appui de la thèse ci-dessus: cette interview de Philip Zimbardo, qui mena l'expérience de la prison de Stanford.

Extrait:

«Les tribunaux disent: "Nous avons la capacité de poursuivre les dirigeants en justice, bien qu'en fait aucun d'eux n'a personnellement tué quelqu'un, simplement parce qu'ils ont mis en œuvre une politique, parce qu'ils ont créé un système.”

Mais une fois lancée, une fois que l'expérience de la prison de Stanford avait commencé, je n'étais plus déterminant. Si j'étais mort durant l'expérience, elle aurait continué. Les gardiens auraient été plus heureux. Si Hitler avait été tué, le processus aurait continué, parce que cela avait déjà perverti le système juridique, le système d'éducation, le système commercial. Une fois tous ces mécanismes en place, il [Hitler] n'était plus nécessaire.»